Autopsie d’un canular à succès : l’affaire #cutforbieber

Nous connaissons tous les vertus du web, que ce soit au niveau académique, professionnel ou simplement pour s’amuser. Malheureusement, l’internet a également quelques mauvais côtés, comme par exemple les tentatives de fraudes, vol d’identités, piratage et virus de toutes sortes qui défraient les manchettes de temps à autre. À ce sujet, deux canulars ont justement fait couler beaucoup d’encre en ligne ces dernières semaines,  autant par son ignobilité que par la facilité que celui-ci s’est propagé en ligne. Le premier canular, intitulé #cutforbieber, visait à faire croire que des fans de Justin Bieber se mutilait en guise de protestation contre le chanteur, supposément pris en flagrant délit à fumer de la drogue. Le canular a été organisé par un groupe reconnu de farceurs, provenant de la communauté 4chan, un forum aux membres anonymes. Ces derniers ont utilisés le populaire site de partage de blagues 9gag.com pour lancer le hashtag #cutforbieber, en se faisant passer pour une fan du chanteur qui se taillade les poignets pour manifester son désarroi envers  son chanteur préféré. Les photos, bien sûr fausses, donnent froid dans le dos, et ont générées beaucoup de réactions sur les communautés 2.0. Le canular a vite été dénoncé par les médias et associations visant à promouvoir les dangers de l’automutilation, tout comme de nombreux utilisateurs 2.0 dégoûtés.  De nombreux doutes ont commencés à circuler quand à l’identité des farceurs, alors que les doigts ont vite pointés en direction de 4chan, en partie à cause d’un post compromettant. Les farceurs, mécontents d’avoir été démasqués, ont lancé un deuxième canular, avec l’objectif de placer la responsabilité du canular #cutforbieber sur 9gag.com, et ainsi par le fait même d’enlever le blâme de 4chan. Un journaliste de Buzzfeed a réussi à infiltrer le groupe 4chan alors que celui préparait le deuxième canular, et a eu le privilège d’assister à l’organisation de celui-ci.   La suite de l’article se veut une autopsie de l’organisation de ce canular, et vise à porter au grand jour les tactiques utilisées pour créer un faux mouvement à grande échelle.

Le deuxième canular : #rememberaddison

Faisant preuve d’arrogance, les farceurs 4chan ont bâti le deuxième stunt suite au premier. En lançant le hashtag #rememberaddison, l’objectif est de faire croire qu’une adolescente est décédée suite à s’être mutilée après avoir tombé dans le panneau de #cutforbieber.  Voici comment ce stunt s’est organisé : Premièrement, les membres du regroupement se rencontre dans un chatroom sous IRC, et discutent de la forme du canular, soit le hashtag (#rememberaddison) ainsi que l’objectif du message, soit placer la responsabilité de la mort de la jeune fille sur 9gag.com, le site utilisé pour lancer le canular #cutforbieber.  Par la suite, différents membres du groupe se voit assigner différentes tâches pour démarrer le canular sur les communautés 2.0 : Premièrement, une fausse page Facebook rappelant la mémoire d’Addison : Suivie d’un faux profil Twitter, supposément appartenant au frère d’Addison : Des fausses capsules audio sont même produites, une première par un adolescent parlant d’Addison et de sa mort tragique : Suivi d’une deuxième capsule qui viendrait du collectif Anonymous, menaçant de pirater 9gag.com en guise de rétribution et ainsi renforçant la perception de coupable étiqueté au site. L’audace est même poussée jusqu’à créer en image un faux tweet de Justin Bieber, plaçant encore une fois le blâme sur 9gag.com avec le hashtag #shameon9gag : Le canular est renforcé à travers un faux témoignage d’un employé de 9gag.com, mentionnant que #cutforbieber provient bel et bien du site. Ce message est publié sur Digg, Facebook et autres. Sur Twitter, le hashtag #rememberaddison est stimulé par les membres de 4chan : Un des membres réussit à faire publier un message sur la très populaire page Facebook « Yes mom I understand!!*5mins later what did she want me to do again? », qui reçoit 585,000 likes à l’intérieur de quelques minutes. Une fausse vidéo est publiée sous YouTube, avec un membre d’Anonymous demandant vengeance pour la mort de l’adolescente :  Les membres 4chan envahissent YouTube et réussissent à soulever leurs commentaires sur les vidéos discutant de l’histoire : Leurs besognes accomplies, les membres reviennent sur le chat de IRC, et partagent les URL du canular soumis sous chaque communauté, demandant aux membres d’aller voter sur les différents sites dans le but d’accroître la visibilité de l’histoire. Le canular est à ce moment solidement enclenché, et l’objectif est atteint alors que de nombreux sites médias ont repris l’histoire sans en vérifier l’authenticité. Même lorsqu’il a été découvert que 4chan était bel et bien à l’origine des deux stunts (notamment grâce à l’enquête de Buzzfeed), le mal est fait, et de nombreux fans ont par moment cru au canular, et possiblement que certains d’entres eux se sont blessés en voulant suivre la tendance.

La responsabilité de Twitter

Un des plus grands perdants de cette histoire est Twitter, que plusieurs aurait voulu voir agir rapidement en supprimant les hashtags #cutforbieber et #rememberaddison, deux mots-clés tendances sous la communauté pendant plusieurs jours. Twitter devrait-il surveiller et filtrer les discussions entre ses murs, et agir rapidement pour supprimer un mot-clé qui fait la promotion de la mutilation volontaire chez les adolescents ? Est-ce que les communautés 2.0, paradis de la libre expression, devraient être censurées pour protéger les utilisateurs vulnérables, dans ce cas-ci des enfants et ados ?

Notre rôle en tant qu’utilisateur

Les communautés, si utile dans l’échange d’idées et de conversations interactives, peuvent malheureusement servir à de mauvaises fins.  L’article d’aujourd’hui ne visait surtout pas à vous montrer les étapes à suivre pour lancer votre propre canular, mais bien dans une optique d’éducation et de prévention, car il est très facile de fabriquer une histoire de toute pièce sur les réseaux sociaux. C’est notre responsabilité à tous qu’en tant qu’utilisateurs, de vérifier l’authenticité du contenu que nous consommons, et surtout, partageons dans nos réseaux.

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