Comment saboter l’un des premiers sites du Web, selon Yahoo!

Je suis tombé en amour avec l’annuaire Yahoo! (http://dir.yahoo.com) dès mes tout débuts Web, vers la fin des années 1990. On parle ici de l’ère pré-Google, où l’indexation du Web se passait principalement par les annuaires et leurs catégories de sujet, contrairement aux robots d’indexation super-puissants tels qu’on les connaît aujourd’hui.

Il m’arrive des fois d’être nostalgique en pensant à cette époque, et comment il était facile de rapidement parcourir des dizaines de sites reliés au même sujet, simplement en demeurant dans la même catégorie. Bien sûr, l’annuaire de Yahoo! était facilement manipulable et a rapidement été envahi par le spam, mais pendant plusieurs années, découvrir le Web selon un intérêt était une activité facile et sans-souci.

Maintenant, de retour en 2015, Yahoo! a non seulement retiré son vénérable annuaire 5 jours avant la date annoncée, l’entreprise a ensuite complètement bâclé le processus de transition de l’annuaire vers un répertoire payant d’entreprise, un réel travail d’amateur qui fait sourciller tout stratège possédant le minimum d’expérience en SEO.

Aujourd’hui dans ce premier article de 2015, nous analyserons ensemble les nombreuses erreurs de Yahoo! dans la gestion de la mort annoncée de leur annuaire, et de la transition de celui-ci vers leur nouveau répertoire professionnel.

L’annuaire Yahoo! : Un placement SEO sûr

Les lecteurs familiers avec ce blogue savent que j’ai longtemps recommandé le service d’inscription à l’annuaire de Yahoo!, comme une valeur sûre en SEO à une époque où celles-ci sont relativement rares.

En effet, jusqu’à tout récemment, pour la modique somme de $299 USD, vous obtenez un placement dans l’un des sites les plus anciens du Web, soit une touche de crédibilité presque instantanée.  Lorsqu’on sait que Google apprécie les liens entrants provenant de sites âgés et établis, on comprend la valeur que peut signifier un lien anciennement sur Dir.Yahoo.com.

Et ce n’est pas comme si l’achat d’un lien signifiait que celui-ci allait être automatiquement accepté : Yahoo! suivait des règles éditoriales assez strictes, et n’ont pas hésité à refuser des candidatures de sites ne possédant pas un niveau de qualité suffisamment élevé. Bref, un niveau de surveillance éditorial au niveau des attentes de leur plus grand concurrent, Google, qui s’attend à ce que les annuaires du Web demeurent extrêmement vigilants dans leur processus de sélection.

Puis survient la bombe, le 26 septembre 2014.

Chronique d’une mort annoncée… et devancée

Publié à travers une simple note sur Tumblr, soit une autre plateforme appartenant au géant et probablement appelée à mourir elle aussi prochainement, Yahoo! annonce que son annuaire fermera ses portes le 31 décembre 2014, et que les clients sont automatiquement transférés vers un service de meilleure qualité, sans entrer dans les détails.

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La plupart des webmestres alertes (incluant l’auteur de ces lignes) se ruent sur leur courriel pour demander une cancellation du service et le retrait du listing de leur site dans l’annuaire, ne se sentant pas rassurés par le court paragraphe d’explication.

Puis, 5 jours avant la fin de 2014 et la supposée dernière journée d’existence de l’annuaire, Yahoo! tire la plogue et le service est officiellement terminé. Ceux qui tentent d’accéder à l’ancien annuaire sous dir.yahoo.com sont automatiquement redirigés vers busines.yahoo.com, découvrant ainsi du même fait le nouveau service d’affaires de Yahoo!, qui se veut… un autre annuaire presque identique au précédent.

En plus de la ressemblance , les premières constatations ne sont pas très positives.

Une cible facile pour le Panda ?

Une rapide analyse nous laisse découvrir une très faible profondeur au niveau de la qualité des pages de catégories ainsi que les listings des sites Internet, soient les clients de l’annuaire, la majorité qui ne sont probablement même pas au courant de leur transition forcée.

Premièrement, un exemple d’une page de catégorie soit “Business to Business”, habituellement l’un des plus gros vendeurs :

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Les pages de catégories du nouveau répertoire ne sont pas très impressionnantes, surtout dans une ère post-Panda, alors que Google exige des pages internes d’un site un certain seuil de qualité au niveau de l’expérience utilisateur et du contenu.

La situation n’est guère mieux pour les pages des sites, soient les clients, comme le témoigne ici cet exemple :

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Sans blague, il s’agit réellement d’un listing qui coûte le même prix qu’avant, soit $299 USD. On parle ici d’une page ultramince en contenu, avec une seule ligne de description. À la décharge de Yahoo! probablement que le client qui inscrit son site aura le loisir de mettre la description de son choix, mais enfin, l’expérience utilisateur et l’interaction est très limitée. Si vous tombiez sur cette page, est-ce que vous auriez le goût de cliquer le lien ?

Autre fait surprenant, toutes les pages ont la même balise titre, soit un titre générique, sans mention du nom du client ayant payé pour la page :

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Comme quoi que finalement, pour $299 USD, vous vous retrouvez avec une page qui a toutes les caractéristiques recherchées par le Panda…

Une transition complètement bâclée

Yahoo! est l’une des entreprises pionnières du Web, et nous, à titre d’utilisateurs internet, lui devons beaucoup. Malheureusement, la façon dont ils ont géré ce dossier de transition de non seulement l’un des premiers annuaires du Web me laisse grandement perplexe. Ils avaient entre les mains un produit qui peut être très bien commercialisé, et la chance d’en faire une version améliorée.

Au final, tout ce que Yahoo! aura réussi de faire est de créer un nouveau répertoire qui est pire que le précédent.

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