Spécialistes SEO : Est-ce que Google lit vos courriels Gmail ?

Les spécialistes SEO, c’est bien connu, sont de natures paranoïaques. Et pour cause : on pense que Google nous surveille constamment, que des ingénieurs de l’équipe antispam analyse nos liens entrants, bref, que quelque part au Googleplex, une fiche existe à notre nom et qui mentionne nos sites ainsi et/ou ceux de nos clients. Le niveau de paranoïa diffère dans la plupart des cas. On commence par éviter de lier nos sites à travers le même compte Google Analytics, dans le cas si on utilise encore Google Analytics ou une autre solution analytique n’appartenant pas au géant californien. À un niveau plus élevé, on utilisera une adresse IP complètement anonyme lors de nos activités SEO, de façon à demeurer impossible à tracer en ligne. Mais voilà, deux histoires récentes dans l’actualité SEO ont fait les manchettes, et venant confirmer à un certain degré que notre paranoïa est bien réelle. Premièrement, il y a eu le cas du promoteur Anglo Rank, dont les clients ont reçu des punitions pour avoir acheté des liens dans le but de gonfler leur référencement. En deuxième lieu, un test effectué par un blogueur SEO, Charles Floate, qui par le biais d’un test sur l’un de ses sites Internet, semble révéler une réalité énervante. Qu’ont en commun ces deux histoires ? Le fait que Google pourrait scanner vos courriels Gmail pour découvrir si vous manipulez son algorithme.

Le cas Anglo Rank

Le premier dossier concerne le démantèlement par Google de la plateforme Anglo Rank, qui agissait à titre de vendeurs de liens entrants dans le but d’améliorer le SEO de ses clients : moyennant un certain tarif, il était en effet possible d’acheter un/des liens qui seront ensuite placés sur des sites soi-disant pertinents et possédant un fort PR. Je dis soi-disant, car les sites du réseau étaient bien sûr dissimulés avec grand soin. Contrairement à plusieurs réseaux de liens ayant subis les foudres de Google dans le passé à cause des liens reliant les différents sites participant dans le stratagème, la fierté de Anglo Rank était l’absence de connexion entre les différents clients, donc le fait qu’aucune trace ne pouvait relier les acheteurs ensembles. C’est pourquoi la surprise a été de taille lorsque Anglo Rank a été démasqué par Google, et que la majorité des clients de la plateforme ont reçu des avis de punitions à travers leurs comptes Google Webmaster Tools. Pour tourner le fer dans la plaie, le responsable de l’équipe antispam, Matt Cutts, a partagé un tweet qui a surpris par son arrogance. Du côté d’Anglo Rank, c’est la consternation, alors qu’on s’interroge sur la méthode d’infiltration de Google pour avoir identifié les clients achetant des liens, surtout que ceux-ci n’étaient en aucune façon reliés entre eux. Google a donc obtenu un accès à la liste des acheteurs ainsi que leur site, d’une quelconque façon. Une possibilité est que Google s’est fait passer pour un acheteur potentiel et a obtenu une liste des sites vendant des liens, et aurait donc pu remonter la piste ainsi. Cependant, dans les forums de Blackhatworld.com, soit où Anglo Rank effectuait la majorité de ses ventes, on chuchote que l’erreur de la plateforme aura été d’utiliser une adresse @gmail.com pour régler les commandes des clients. anglo-rank-1 Donc, on peut ainsi croire que Google aurait pu accéder au compte @gmail.com (après tout, le service leur appartient!), et ainsi avoir une liste plus que parfaite de tous les clients du réseau.  Cela expliquerait pourquoi les sites auraient été pénalisés un à un, sans qu’aucun lien ne les unisse. Paranoïa ? Lucidité ? Pour ma part, je ne peux être convaincu que Google a utilisé Gmail pour accéder aux clients, mais je suis certain qu’ils n’hésiteraient pas à le faire : Google peut très bien, pour protéger un secret d’entreprise et un algorithme qui vaut des milliards de dollars, accéder à un compte Gmail de l’un de ses utilisateurs, qui contrevient à ses règles en plus. La fin justifie les moyens. Je vous laisse faire votre propre interprétation, avant de passer au deuxième cas de cet article.

La curieuse étude de cas de Charles Floate

Charles Floate est un jeune blogueur qui connaît passablement de succès sous le blogue GodofSEO.co. Tel qu’expliqué dans cet article,  Charles a voulu réaliser un test qui viendrait appuyer la théorie qu’Anglo Rank se soit fait infiltrer à cause de son courriel Gmail. Charles a donc inventé une conversation de toute pièce avec un soi-disant client qui n’existe pas, par le biais de son courriel sous Gmail. Dans cette conversation avec soi-même, Charles mentionne à son client qu’il compte acheter des liens pour booster le référencement de son site. Celui-ci, un site appartenant à Charles et existant en ligne depuis plusieurs années, est un site Internet utilisant des stratégies white-hat dans les mots de Charles, donc aucune raison potentielle d’être puni.  Pour réussir son étude de cas, il fallait en effet que le site mentionné dans les faux échanges courriel soit le plus propre possible, pour ainsi éviter que d’autres facteurs puissent expliquer une potentielle punition à venir. Près d’une semaine après sa conversation avec lui-même, Charles se connecte à son outil de suivi des classements des mots-clés, et ce qu’on s’attendait est arrivé : le site mentionné dans les faux échanges courriel a subi une dégringolade, sur des mots-clés sous lesquels il se classait depuis des années, toujours selon les dires de Charles. anglo-rank-2   Et : anglo-rank-3 Évidemment, on ne connaît pas les dessous de l’histoire, et on doit se fier aux propos du blogueur qui ne divulguent pas nécessairement un lot accablant de preuves. Cependant on sait que la NSA a mis en place un système de surveillance en ligne basé sur des mots-clés : mentionner un mot-clé étiqueté comme « louche », et vous êtes susceptibles d’êtres filtré pour une analyse supplémentaire. Est-ce que Google peut faire pareil, et utiliser des filtres de mots-clés sous Gmail, et ainsi épingler les SEO qui utilisent ce courriel gratuit pour effectuer leurs transactions SEO ? Google a déjà avoué lire les conversations de ses utilisateurs, d’une façon entièrement automatisée, dans le but de filtrer les pourriels et virus. Pourquoi ne pas faire la même démarche pour identifier des conversations traitant d’une autre sorte de « spam » aux yeux de Google, soit le SEO ?

Conclusion

De nombreux SEO que je connais évitent depuis des lunes de connecter leurs sites à tous services de Google, que ce soit Google Analytics, Webmaster Tools, AdWords, Local et autres. Maintenant, force est de constater que Gmail pourrait bientôt s’ajouter à leur liste. Je vous invite à y réfléchir et à considérer que si vous ne pouvez pas vous permettre de perdre votre site ou celui de votre client, de faire attention avec qui vous partager vos informations, dans ce cas Google même.

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15 Comments

  1. Je viens de rédiger sur la manière dont Google peut prendre en compte des centaines de paramètres liés aux actions des utilisateurs pour impacter le positionnement d’un site : http://blog.axe-net.fr/google-analyse-comportement-internaute/
    J’y évoque justement le « possible » espionnage de Google lors des finalisations d’échanges de liens faites par mail.
    Je suis heureux de voir que ma paranoïa est partagée mais aussi justifiée si ce que vous avancez dans cet article se vérifie.

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    • Excellent article Sylvain, j’ai ajouté à mes signets afin de prendre le temps de le lire attentivement. Merci pour votre visite et commentaire sur ce blogue :-)

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  2. Dans ce sens on peut se poser la question d’action en negative seo.

    Je cree un boite @gmail.com
    je cree un discution en parlant d’achat de Bl pour la cible…. ?

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    • Salut JD, excellent point ! J’ai pensé le mentionner dans l’article, mais je ne voulais pas alourdir le contenu. Je pense aussi que le negative SEO peut fonctionner dans ce cas…..

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  3. Je commence à me faire vieux dans ce domaine et malheureusement le cynisme par rapport à Google de cesse de croître. Parce que leur algorithme est « cassé », ils ont de plus en plus tendance à avoir recours à l’intimidation, les menaces, les pénalités « manuelles » (punitions), l’arrogance, etc. Et évidemment il faut fermer sa gueule de peur d’être punis à notre tour. Si j’applique mes adjectifs ci-haut (intimidattions, menaces, punitions, arrogance) à un régime politique, on reconnaîtrait au choix: la Corée du Nord, la Syrie, l’Iran ou les États-Unis de Guantanamo et de la NSA. Bon, on jase là. Mais, en fait on le sais tous, mais le rôle de Matt Cutts et consorts n’est pas de nous aider dans notre SEO. Mais le contraire, non ?

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    • Louis, si on pousse la logique, ce que tu viens d’écrire devrait même te couter quelques représailles…

      Nan, je rigole… jusqu’à quand ?…

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    • @Louis : Merci pour la visite et le commentaire. Tu as tapé dans le mille, à mon avis : l’algo est cassé, et Google n’arrive plus à suivre le rythme pour démêler le tout. Ils ont donc recours à l’intimidation pour tenter de limiter les dégâts, et cela fonctionne à un certain degré. Le pire, c’est que l’internaute « moyen » n’est nullement au courant de cette situation, et continue à croire tout ce que Google lui fournit…

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  4. Moi ça me parait un peu capillotracté.
    Avec la quantité de spam SEO qu’on reçoit, vous imaginez le nombre de signalements non-qualifiés que cela représente ?

    L’explication la plus simple me parait la meilleure. Google a infiltré Anglorank, suffisamment pour exploser bon nombre des participants.

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    • Salut Lionel, merci pour le commentaire. En effet, très difficile de savoir la bonne et véritable explication, cela dépend de ton niveau de paranoia, et ce que tu acceptes de croire. Pour ma part, je préfère être prudent et faire attention avec qui je partage des infos concurrentielles, par exemple Google même..

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  5. Salut,
    Je n’ai jamais lu les 150 pages de disclaimer d’aucun produits que j’ai acheté.
    Est-ce que Google spécifie que tout ce qui se passe dans le réseau gmail appartient à Google ?
    Je gage que oui !
    Dans ce cas, je ferai la même chose…

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    • Salut Guimove, es-tu la guimove que je connais ? ;-) Le pire, est que c’est probablement la même chose avec tous les distributeurs de courriels « gratuits »..

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      • Salut David-Nicolas,
        Oui c’est bien moi.
        Je voulais laisser ma marque dans ton blogue.

        En fait, je crois comme toi que c’est comme tous les distributeurs de courriels gratuits.

        Je crois aussi que ça devient comme sur le réseau d’une entreprise. Tous les courriels appartiennent à l’organisation. Ce n’est pas parce que c’est sur internet que ça nous appartient. Je me demande si j’écris un scénario ou un livre et je l’envoie par courriel, est-ce qu’il appartient à Google !?

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        • C’est comme Facebook, les gens pensent que leurs photos uploadés sur leur compte leur appartienne, mais en réalité toute activité + matériel sur la communauté appartient à Facebook…. ;-)

          Bonne question pour Google….ça doit être écrit en petit dans les termes et conditions d’utilisations :)

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