L’industrie du SEO a-t-elle besoin d’un code d’éthique ?

Rares sont les idées qui font consensus dans l’industrie du SEO, et les exemples ne manquent pas : l’éternelle discussion sur les facteurs pris en compte dans l’algorithme, le débat white/black hat, la théorie du SEO négatif, ou l’annonce de la mort du SEO claironnée à maintes reprises ne sont que quelques-unes des échanges d’opinions qui ont à la fois divisées et fait progresser notre industrie.

Devant tellement de passions s’enflammant aussi facilement, devons-nous êtres surpris du tollé soulevé par SEMPO il y a quelques jours, devant son intention de faire adopter un code de conduite définissant la pratique du SEO ?

Pourtant, ce n’est pas la première fois que l’on discute de la possibilité d’adopter un code d’éthique dans l’industrie du SEO, et à chaque fois on entend les mêmes grincements de dents provenant des différentes communautés. Et comme à chaque reprise, les mêmes arguments ressortent, appuyant aussi bien le camp contre l’idée que celui adverse, militant en faveur de l’instauration de ce fameux code de conduite.

Sommes-nous prêts en 2014 à pousser un code de conduite à l’industrie du SEO ?

L’objectif de cet article visera à faire la lumière sur le débat soulevé par SEMPO, et présentera les arguments pour et contre l’idée du code de conduite SEO.

Qui est la SEMPO ?

Premièrement, une rapide présentation de l’organisme à l’origine de cette initiative. Fondée en 2002, SEMPO est une organisation sans but lucratif, dont la mission est de servir la communauté du marketing par moteur de recherche et autres spécialistes marketing opérant dans cette industrie. L’objectif est de stimuler la croissance du domaine SEO/SEM, en favorisant le développement personnel et la collaboration entre ses membres.

Bien sûr, en 2002, soit l’année de l’arrivée en scène de SEMPO, le SEO était encore relativement peu connu. On peut dire que la situation a clairement changé, le SEO étant devenu une expertise respectée et en demande, mais qui a toujours de temps en temps besoin d’un certain encadrement, alors que cette industrie ne cesse d’évoluer tous les jours.

C’est donc dans cette optique de “professionnaliser” le SEO que la SEMPO a annoncé il y a quelques semaines son désir de créer un code d’éthique du SEO/SEM, qui serait défini lors d’un congrès impliquant les membres de la communauté SEO. Ces participants seront les mêmes ayant le pouvoir de voter sur les éléments inclus dans le fameux code de conduite.

Pour obtenir le droit de participer au congrès et par le fait même de s’impliquer dans la tenue du vote, la SEMPO mentionne des règles précises :

  • Un participant doit être officiellement délégué par un groupe s’identifiant au SEO, exemple l’association DoYouSEO Québec et autres.

  • Le groupe comme tel doit être en existence depuis plus d’un an.

  • Le groupe doit comporter au minimum 10 membres avec adhésion payante.

  • Le groupe doit être principalement actif en Amérique du Nord.

  • Le groupe doit avoir une existence officielle, et être basé sur des règles de participation.

Ainsi, toute organisation SEO qui répond à ses règles pourra déléguer un ou des candidats qui participeront au congrès, et auront ainsi un rôle à jouer dans la définition du code de conduite SEO.

Au final, il faudra que 75% des délégués s’entendent sur une consigne pour que celle-ci soit retenue dans le code. La SEMPO note également que les conseils du public ne participant pas au congrès pourront proposer des suggestions.

Intéressement, un frais d’adhésion seraient demandés à tout membre désirant participer au code de conduite défini par la SEMPO, cependant il n’est pas encore clair si celui-ci était inclus dans un abonnement obligatoire à l’organisation même.

Maintenant que nous avons le portrait global, analysons ensemble les opinions favorables et défavorables à ce fameux code d’éthique.

Les arguments en faveur du code d’éthique

En premier lieu, je peux réellement comprendre les arguments qui désirent la mise en place d’un code d’éthique.

On sait que l’industrie SEO s’est grandement développée grâce à l’entraide et au partage de l’information entre les professionnels opérant dans ce domaine. On pense aux nombreuses sources d’informations qui favorisent le développement des connaissances, telles que les nombreux forums animés par des passionnés de SEO, les blogueurs qui ne comptent pas les heures investies à rédiger du contenu percutant, ou encore les conférences dont le premier objectif n’est pas de faire de l’argent, mais de rassembler le plus de fans du SEO dans une même salle.

Ainsi, pour ceux qui croient fortement dans ce modèle de partage des connaissances, le code d’éthique est une suite logique, car on vise à uniformiser la pratique du SEO. On officialise les standards, les règles à suivre et à ne pas faire, bref un résumé des pratiques que le stratège SEO doit absolument adopter s’il désire mousser sa carrière. Pour ceux qui croient fortement dans le partage d’information au sein de l’industrie SEO, le code de conduite est donc une bonne implémentation.

Également, le fait d’adopter un code de conduite du SEO viendrait sans aucun doute donner une image positive au SEO, une industrie durement touchée par les allégations de toutes sortes. Combien de fois avons-nous entendu dire qu’il ne s’agit pas d’un métier sérieux, que le SEO est mort, que tout le monde peut “spammer” le web et ainsi obtenir du succès, ou encore, que le SEO ne consiste que de l’optimisation de quelques balises ?

Ainsi, de créer un ordre professionnel du SEO viendrait donner un très bon coup de pouce à l’industrie. Il n’y a qu’à s’entendre sur les niveaux d’expertises requis pour être qualifié d’expert SEO, mais nul doute qu’aux yeux des clients et autres intervenants externes, le fait d’adopter un code d’éthique a quelque chose de sérieux, voir rassurant, et les bénéfices rejailliraient sur tous les acteurs de cette industrie.

Est-ce que je vous ai convaincu ? Avant de prendre votre décision, analysons ensemble les arguments jouant en défaveur du code de conduite.

Les arguments en défaveur du code d’éthique

Tout d’abord, le premier obstacle auquel fera face la SEMPO dans l’adoption d’un code de conduite, est que l’éthique est toujours différente d’un stratège à un autre. Ce que vous jugez non éthique pour votre client est possiblement un avantage concurrentiel exploité par son concurrent. Bien sûr, les règles de base sont faciles à identifier, du genre “je ne ferai pas de mal intentionnellement à mon client”, cependant je suis curieux de connaître la réglementation lorsqu’on touchera les stratégies un peu plus avancées, souvent dans la zone grise.

Et d’ailleurs, est-ce qu’un code d’éthique changerait réellement le comportement des stratèges SEO de l’école black hat, ou à un autre degré les spammeurs, dont l’unique objectif est de continuellement trouver des failles dans l’algorithme à exploiter ? À quoi ça sert de faire adopter un code de conduite, si 80% des membres le suivent, mais c’est l’autre 20% qui ramasse les bénéfices en obtenant le champ libre avec un niveau de compétition diminué ?

Que fait-on avec ceux que l’on reconnaît coupables ? Peut-on les poursuivre ? Cela amène d’ailleurs un sérieux questionnement. Les ordres professionnels, comme les médecins et ingénieurs, peuvent être poursuivis dans certains cas lorsqu’on déclare l’un des membres de faute professionnelle, par exemple d’avoir manqué au code de conduite. Imaginez-vous le bordel si les clients, suite à une nouvelle mise à jour surprise de Google, voient le positionnement de leur site piquer du nez, décide de mettre le blâme sur les stratèges SEO qu’ils ont embauchés. Ou encore, un client qui s’impatiente devant les résultats et qui dépose une plainte contre le consultant SEO qu’il a embauché. Beaucoup de zones grises et de questions inquiétantes à considérer.

Un autre argument jouant en défaveur du code de conduite est le questionnement de plusieurs d’entre nous sur les réelles intentions derrière l’intention de la SEMPO. Comme je disais plus haut, la mission de la SEMPO est de faciliter le partage des connaissances entre les membres de notre industrie. Ainsi, la SEMPO auraît dû appliquer son énergie à cet escient, soit en effectuant des recherches sur les bonnes pratiques, en publiant des cas d’études, en poussant des initiatives en ce sens, au lieu de lancer l’idée d’un code qui au final, fait ressortir la SEMPO comme le grand gagnant en étant le fondateur même de la démarche.

Mon avis personnel

Personnellement, même si je crois qu’il est important de se définir un propre code d’éthique et de le partager à ses clients dans le but de les rassurer, je ne crois malheureusement pas qu’il soit possible de trouver une formule qui pourra s’appliquer à l’ensemble des professionnels. Pourquoi ? Car cette industrie est beaucoup trop volatile, et à l’image du Far West dans Lucky Luke, est impossible à règlementer.

D’ailleurs, que vaut la mise en place d’un code d’éthique par la SEMPO si Google est réellement celui qui tire les ficelles en arrière-plan, qui change continuellement les règles du jeu grâce à ses innombrables mises à jour et qui continue d’entretenir le doute sur les éléments SEO pouvant êtres ou ne pas êtres utilisés ?

Il s’agit donc d’un objectif ambitieux proposé par la SEMPO, mais qui malheureusement, n’aura peu de pertinence ou de crédibilité au final, même s’il est adopté.  Dans le pire des cas, la SEMPO aura au minimum réussi à faire parler d’elle, ce qui est en soi un résultat valable.

Et vous, croyez-vous qu’il est important de faire adopter un code d’éthique à l’industrie du SEO ? Dans quel camp êtes-vous, et pourquoi ?

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7 Comments

  1. Débat complexe. Une éthique, oui, un code éthique, plutôt non. L’éthique commence là où chacun veut qu’elle démarre. Uniformiser la chose me semble peu cohérent avec le SEO. Par contre, ce qui est important, c’est que le client soit au courant des risques, ou non, qui sont engendrés par une prestation, au delà de concept « d’éthique ».

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  2. Je dirais un peu comme Keeg, l’éthique en SEO se place surtout au niveau de la relation avec le client. Le reste…bon, voilà quoi.

    Je discutais avec un ami anglais l’autre jour, qui bosse aussi dans le web sur le UK. Il avait une vision très respectable du métier de SEO, limite glamour avec ça, ça m’a fait marré un peu jaune…parce qu’on est très loin de cette image en France. Qu’elle soit réaliste ou pas, elle nous fairait du bien. Je suis donc pour un code éthique, je suppose.

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    • Merci pour le commentaire. J’aime bien l’approche de clarifier les éléments de confiance avec le client. Qu’on soit pour ou contre le code d’éthique, cette étape est essentielle.

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  3. Bonjour David,

    La question est effectivement complexe et sans doute quasi insoluble. En avançant dans ma lecture, j’arrivais globalement à la même conclusion que toi.

    J’avais envie d’y ajouter quelques petites choses et à vrai dire, j’avais commencé à rédiger cela dans mon commentaire. Mais comme je me faisais longue, j’en ai finalement fait un article sur mon blog. Tu peux le lire ici : http://www.ecomposition.be/blog/humeurs-et-reflexions/charte-ethique-seo.html

    Merci pour tes billets toujours fouillés et éclairés.

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