Spotify.com se fait taper sur les doigts par Google

Il fut un temps pas si lointain où Google profitait de chaque situation possible pour démontrer publiquement la puissance de sa frappe, par exemple dans le cas où un site se faisait prendre à tenter de tricher l’algorithme. En 2014, les cas fortement médiatisés de eBay, Halifax et RapGenius ont tour à tour défrayé les manchettes pour avoir tenté chacun à leur façon de tromper la vigilance de Google. Le message de Google est clair : il se peut que vous échappiez au radar si vous trichez; par contre si on vous prend, lourdes seront les conséquences. Depuis les dernières années, les cas médiatisés de pénalités SEO sont beaucoup plus rares. Peut-être puisque Google ne ressent pas le besoin d’en parler ou que les webmestres d’expérience ont peur de prendre une chance, ou encore que les entreprises affectées sont beaucoup plus habiles à cacher leur méfait. Dans tous les cas, les histoires de pénalités SEO sont très intéressantes, car elles nous démontrent les limites de l’algorithme et de la patience de Google. Ces derniers jours, un cas qui est resté largement incognito est celui impliquant le géant Spotify.com, qui s’est fait taper sur les doigts par Google pour cause de cloaking. Pour ceux ne connaissant pas cette tactique, le cloaking survient lorsque vous affichez des contenus différents aux visiteurs de votre site et aux robots d’exploration, dans le but d’être bien indexé, tout en forçant vos visiteurs à accomplir une action pour accéder au contenu caché. Regardons de près le dossier Spotify.com et comment celui-ci a contrevenu aux règles de Google.

Le cloaking : une technique controversée qui peut rapporter beaucoup

Le cloaking représente l’action de présenter deux contenus différents d’une même page selon le type de visiteur, soit un utilisateur régulier ou un robot d’exploration. Par exemple, on présente un contenu indexable aux robots d’exploration, mais on cache ce même contenu aux utilisateurs, en les forçant à accomplir une action, tel qu’un achat ou une inscription. Cette tactique est bien sûr sanctionnée par Google, qui mentionne clairement que l’utilisation du cloaking est passible d’une punition. Google veut que le contenu vous mettez à la disposition du robot d’exploration soit également disponible aux utilisateurs réguliers. Lorsqu’elle passe inaperçue, le cloaking peut rapporter gros : on obtient un référencement de pointe avec un contenu caché/bloqué, mais tout en forçant les utilisateurs à accomplir une action, ce qui représente la situation parfaite pour maximiser ses profits. Mais si on se fait prendre, il faut être prêt à subir les conséquences. Et c’est exactement ce qui nous amène au cas de Spotify.com.

Spotify se fait prendre à pousser la note un peu trop loin

Spotify est un géant Internet qui n’a pas plus besoin de présentation. Il est normal pour les entreprises de cette envergure de penser qu’il est possible de s’en tirer avec des stratégies franchissant la limite de l’acceptabilité. En effet, le blogue Sistrix rapporte que Spotify a implanté pendant un laps de temps une tactique SEO reposant sur le cloaking. La stratégie est simple: dès qu’un utilisateur atterrit sur une page d’artiste à partir d’une recherche Google, l’utilisateur doit obligatoirement s’inscrire au service de streaming musical pour accéder au contenu, dans ce cas-ci les chansons de l’artiste en question. Voici en images une présentation concrète de la stratégie. 1) vous cherchez pour « Beyoncé » sur Google; parmi les premiers résultats celui-ci de Spotify : image-1-beyonce-google-serp On remarque que l’URL contient « open » et non « play », un fait important à noter pour la suite. 2) Vous cliquez le résultat….et boom, l’URL vous redirige immédiatement vers une nouvelle adresse vous demandant de vous inscrire au service pour accéder au contenu: spotify-image-2-beyonce Ainsi, il ne s’agit pas du contenu auquel vous vous attendiez. Si on regarde dans le log de redirections, on voit que la première page redirige immédiatement le visiteur vers une adresse « play ». redirection-beyonce2 Il n’y a rien de mal à forcer les visiteurs à devoir payer pour accéder au contenu, s’il s’agit de l’objectif commercial de votre entreprise. Or le problème avec l’approche de Spotify est que la même page devient soudainement débloquée si le visiteur est un robot d’exploration. Preuve à l’appui, on consulte la version « cache » de la même page à partir des résultats de recherche: beyonce-cache Le gain est bien sûr pour Spotify de classer ses pages d’artistes sous les titres de chansons, même si celles-ci sont bloquées pour les utilisateurs. Cette approche en apparence inoffensive est un exemple parfait d’un cloaking illicite aux yeux de Google: une page, deux contenus différents selon le type de visiteur.

Une tape sur les doigts

Update : Je n’ai pas encore eu le temps de finir cet article que Spotify avait déjà enlevé cette stratégie de redirections. Dans tous les cas le mal est fait : depuis les dernières semaines, le trafic organique de Spotify a chuté abruptement après une croissance stable de plusieurs mois. Un choc rapide et soudain est souvent le signe d’une intervention de Google. spotify-serps Il faut être un peu naïf pour penser que cette tactique aurait pu être passée sous silence, surtout que Google est un concurrent commercial indirect.  Un plus petit joueur aurait pu exploiter cette approche sans trop de problèmes, mais cela vient difficile à cacher quand vous avez plusieurs millions de pages indexées comme Spotify. Il reste à voir si cela pénalisera Spotify à long terme (mon instinct me dit le contraire), mais dans tous les cas, il s’agit d’un bon exemple qui nous rappelle les limites de la tolérance de Google sur le cloaking, et surtout les dangers de vouloir tricher lorsque nous sommes une marque d’envergure.

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1 Comment

  1. Article vraiment très intéressant!

    Ce n’est pas la première fois qu’une situation comme celle-ci survient, et dans un sens, je suis d’accord avec la philosophie de Google à cet égard.

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