Comment tester les limites de l’algorithme de Google

Je me rappelle de l’ère pré-Google, c’est-à-dire à un Internet au début dominé par les annuaires tels que Yahoo, et ensuite les apparitions quelque peu maladroites, mais tout de même ambitieuses d’Infoseek, Magellan, AltaVista et autres. Maintenant, il n’y a aucun doute que Google domine outrageusement le marché des recherches en ligne. En mots simples, si tu espères que ton site soit facile à trouver en ligne, tu te dois de suivre les règles du jeu dictées par le géant californien. Voilà pourquoi le métier de SEO est très dangereux, dans un sens où on joue constamment au chat et à la souris avec Google, en tentant non seulement de prévoir les prochains changements et tendances à venir, mais également d’exploiter les faiblesses de l’algorithme. La réalité est quand on pousse trop loin, on finit par se brûler, et Google peut simplement écraser votre site au premier écart de conduite, et le faire disparaître de la carte.  Voilà pourquoi je recommande fortement à tous spécialistes SEO de développer leurs propres projets afin de tester leurs connaissances et tactiques, et bien sûr ne pas risquer le positionnement de leurs clients. Ce billet est d’ailleurs en quelque sorte une autopsie d’un de ces projets que j’ai mis en ligne voilà 18 mois, avec l’objectif de tester le modèle de « ferme de contenu », soit le type de stratégie qui a entraîné le relâchement du fameux Panda de Google avec les dommages que l’on connaît Comme dans toutes expériences les leçons sont souvent plus importantes que les pertes matérielles et financières, alors voyons voir ce que nous pouvons retenir de cette aventure. Mise en situation Le site en question (qui demeurera incognito afin de pas y attirer trop d’attention) est dans la thématique de la motivation personnelle, avec un contenu centré sur les personnalités célèbres, soit leurs biographies et citations inspirantes. Les détails sur ma stratégie : Contenu : Une page par personnalité, contenant une biographie de 250 mots et une vingtaine de citations de 50-75 mots. Afin d’économiser dans mes frais, j’engage des rédacteurs outremers, que j’ai pris le temps de filtrer pour quand même avoir un certain niveau de qualité. Le contenu n’est pas unique ni dupliqué, plutôt similaire à ce qu’on retrouve en ligne. Puisqu’il s’agit d’un contenu facile à créer, plus de 5,000 pages sont mises en ligne en l’intérieur des 3 premiers mois du site. Expérience du visiteur : Sachant que mes  chances de me faire prendre par Google sont hautes avec un contenu de qualité douteuse, j’incorpore un système de votes sur les citations, afin de démontrer à Google que les visiteurs jugent mon contenu suffisamment intéressant pour y participer. Sachant que Google est à la chasse de ce genre de site, je mets tout de même ce dernier en ligne, en étant très curieux de voir l’évolution à long terme et voir jusqu’où je peux pousser mes stratégies. Mise en ligne – Juin 2010 Le site connaît une belle progression de trafic dans la première année suivant sa mise en ligne, passant de 93 visiteurs en juin 2010 à presque 2000 visiteurs en juin 2011, rien de super phénoménal, mais considérant la concurrence de cette niche, j’étais passablement satisfait : Côté liens entrants, j’ai investi dans des stratégies éprouvées comme les annuaires payants de qualité, la soumission de communiqués de presse, ainsi que dans la publication d’articles sur des blogues thématiques et crédibles. Les efforts rapportent d’ailleurs au niveau du classement organique, avec près de 40-50 mots-clés apparaissant sur une première page de Google, 9 mois après la mise en ligne initiale. En juillet 2011 le site connaît ses meilleurs moments avec une moyenne de 150 visiteurs par jour. Première punition – Octobre 2011 Le matin du 19 octobre, comme à l’habitude, mon deuxième réflexe (le premier étant de me préparer un café, bien entendu) est d’aller consulter mes statistiques de trafic et revenus publicitaires de la veille. Imaginez le choc quand je constate que mon site a perdu près de 90% de son trafic organique, et qu’il est désormais introuvable sous Google. Même si je sais intérieurement la raison de cette chute, je consulte Google Webmaster Tools, pour voir si Google a daigné me laisser un avertissement, cependant aucun message ne m’est laissé. Le trafic n’étant toujours pas revenu plusieurs jours plus tard et le site toujours invisible des résultats organiques, je conclu donc que le site a possiblement accroché un filtre de Google qui a ensuite entraîné une punition. Le trafic est donc presque nul, et les revenus envolés en fumée. Le tableau suivant démontre l’évolution du trafic sur cette période, suivi du crash en question : Sachant que de nombreux autres sites Internet ont subi les foudres du Panda principalement dû à leur contenu de faible qualité, je me doute fortement que mes articles au contenu similaire sont probablement en cause. Je tente alors de corriger le tir en investissant dans la création de contenu de meilleure qualité pour certaines de mes pages les plus performantes, cependant rien n’y fait et les semaines passes sans que le site réapparaisse dans Google. Ces semaines se transforment en mois, pendant lesquelles je décide de concentrer mes efforts sur d’autres projets. Ressuscitation du site – 20 Janvier 2012 Alors que je vérifie le positionnement du site chaque jour, quelle ne fût pas ma surprise en constatant le matin du 20 Janvier 2012, que mon site est non seulement réapparu dans Google, mais que toutes les positions organiques sont revenues : On voit que les mots-clés (cachés par le tableau gris) étaient quasi-invisibles le 12 janvier, et ensuite presque par magie certains des termes apparaîssent sur la première page de Google. Même si je ne veux pas m’emballer, je me mets à penser que peut-être un ingénieur chez Google a analysé mon site manuellement et remarqué que le contenu était bâti sur mesure pour les utilisateurs, et que les citations sont partagées sous les médias sociaux, signe d’une certaine appréciation du contenu. Malheureusement, le plaisir fût de courte durée. La replonge – 1 février 2012 Première journée de février, à mon grand désarroi le site replonge, et de nouveau je perds mes classements organiques. Le tableau démontrant le classement des mots-clés est particulièrement déprimant à regarder : Il est quand même particulier que Yahoo! et Bing ont soudainement décidé d’afficher des pages de mon site, cependant à presque 10%-15% du marché à eux deux, qui s’en soucie? Conclusion – les leçons retenues Évidemment, cet article n’avait pas pour seul objectif de m’apitoyer sur mon sort, et susciter la sympathie de mes lecteurs. Au contraire, la meilleure façon de tester Google et par le fait même développer ses connaissances vis-à-vis le fonctionnement de l’algorithme, est d’ailleurs de pousser ses limites à fond. Aujourd’hui, le site est encore absent de la carte, et je ne suis pas certain que j’assisterai à un deuxième miracle. Cependant, il ne fait pas de mal d’énumérer quelque unes des leçons apprises dans cette aventure, afin de maximiser nos chances de succès dans nos prochains projets :
  • Bâtir un modèle d’affaires reposant sur Google est risqué : Probablement la principale leçon à retenir, et celle que j’applique à tous mes nouveaux projets depuis. Ne vous faites pas d’illusions, Google gère le Web d’une façon arbitraire, et peut vous enlever dès demain matin s’il n’aime pas votre stratégie. Si votre site Internet est important au niveau de vos revenus, appliquez-vous à développer d’autres sources de profitabilité, par exemple les médias sociaux, le marketing par courriel ou même par les partenariats et stratégies de contenu, afin de ne pas placer tous vos œufs dans le même panier.
  • Laisser votre site prendre de l’âge avant d’investir dans le link building : Il s’agit peut-être de ce qui a alarmé le Panda, soit d’avoir développés des stratégies de liens entrants agressives dès la mise en ligne du site. S’il est habituellement approprié de faire du « guest posting » sous des blogues ciblés et de qualités, il faut que cette stratégie soit faite de façon plus naturelle sans suroptimiser les ances de liens en plus de pointer vers des pages internes. De fait, mon profil de liens entrants a probablement été constitué trop rapidement d’une grande proportion de liens entrants obtenus artificiellement et non naturellement.
  • Investir dans du contenu de qualité : En tentant d’économiser sur mes frais de production, j’ai engagé des rédacteurs indépendants à tarif moyen, qui ont pondu du contenu justement corrélatif, soit à la qualité moyenne. Google aurait probablement réagi différemment si mon contenu eu été exceptionnel, et incidemment partagé en ligne. En tentant de sauver quelques dollars ici et là, j’ai probablement plus perdu d’argent en ayant été rayé de la carte pour plusieurs mois.
  • Réaliser que des fois, on ne contrôle pas tout : En jouant ainsi sur le terrain de Google tous les jours, il est normal que ce dernier dicte les règles, et aussi injuste que cela soit, votre site peut disparaître du Web dès demain matin. Vous ne pourrez probablement rien y faire, et il sera simplement temps de passer au prochain projet. « Next », comme on dit ;)
En espérant que cette histoire vous aidera à concevoir des projets Internet avec une rentabilité basée sur le long terme. D’ici là, continuez à pousser les limites, et faites attention aux pandas ;)

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7 Comments

  1. Très bon article, mais pour réagir sur un point particulier : « Bâtir un modèle d’affaires reposant sur Google est risqué »

    On a pas toujours le choix et le modèle économique pour envisager de faire autrement.

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    • merci pour ton commentaire. C’est sûr qu’il est difficile d’ignorer Google complètement, disons qu’il est sage de bâtir des avenues variées dans le cas que Google fait son difficile. Dans le pire des cas, devenir expert sous Google Adwords n’est pas une mauvaise option, car on sait que Google ne te fera jamais disparaitre de son programme de publicité.

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  2. Superbe article ! J’ai moi même plusieurs sites « labos », certains sont en production, d’autres en attente, ceux-ci me permette de tester des techniques sans impacter mes clients. J’ai moi même basé un de ces sites sur un modèle reposant uniquement sur Google et il suffit qu’une landing page disparaisse, sans raison, pour que les revenus soient très impactés.

    Toutefois, il est déjà arrivé que le site d’un client disparaisse une semaine, sans raison. Après quelques sueurs froides et un message envoyé via Google Webmaster Tools, la situation était rétablie… C’est parfois la roulette russe avec Google…

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  3. J’apprécie beaucoup cet article cas d’école, il donne un avis pertinent ayant été embarqué dans la même galère, de quoi est fait Panda ? tout est là, car pour ma part j’ai anticipé le duplicate bien avant les débuts du moteur, et combien de sites avec un contenu pertinent sont tombés depuis l’arrivée de panda, il y a des critères difficiles à saisir
    en revanche une chose est certaine, le filtre fonctionne par lots !

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    • Merci pour tes commentaires. Je suis d’accord que l’algorithme/filtre fonctionne par lot, car mon site n’était pas de si mauvaise qualité, il a été plutôt emporté par la vague avec les autres. D’ailleurs, le fait que le site revienne 1 fois démontre qu’il ne s’agit pas d’une pénalité manuelle…

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  4. Bonjour,

    Je subi régulièrement ce genre de désagrément de google et maintenant, j’arrive à rester stable en modifiant souvent le contenu de mon site en changement les modules de ma sidebar toutes les semaines etc… les menus régulièrement et pour le forum je déplace des sections complète de temps en temps. je pense que pour google il faut que ça bouge afin de faire travailler les robots.

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